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jeudi 02 juin 2005

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Claude Imbert - le point

L'Europe en berne et la France au piquet : c'est le dernier exploit électoral de l'« exception française ». L'Europe en est sonnée. La France, elle, n'a pas encore mesuré la déception, l'effarement, les sarcasmes ou la compassion qui bourdonnent à son chevet.

Alors que la Chine, l'Inde et les Etats-Unis caracolent, l'Europe accuse le coup et cargue les voiles : elle flottera en attendant des vents meilleurs. La machine bruxelloise tourne. Et l'Europe ne se disloquera pas. Mais elle se « désunit », comme on le dit, dans le jargon sportif, d'un coureur, d'un boxeur éprouvé par la fatigue ou les coups reçus. L'ambition d'une Europe à la française est sabordée par ses instigateurs. Et, plus piquant encore, l'Europe à l'anglaise s'installe, moins « sociale » et plus « libérale » que la Constitution refusée.

Quant à la France, elle devient à la face du monde « l'homme malade de l'Europe ». L'euphorie affichée par les « nonistes » rencontre, chez nos voisins, une stupéfaction consternée. Ils disent à mi-voix que ce coup de pied de l'âne à l'Europe ne pouvait venir que d'une France « décalée », de plus en plus « différente ». De plus en plus enfermée dans sa bulle. « Attendons qu'elle en sorte... »

Pas facile ! Car le disparate des « rebelles », la variété des « non », et, à la tête de la fronde électorale, cette compagnie de carpes et de lapins - de Le Pen à Besancenot -, rien ne suggère un baume politique évident. Entre la France des villes et des campagnes, des beaux quartiers et des banlieues, du secteur public et du secteur privé, des élites et du populaire, des vieux et des jeunes, le « oui » et le « non » ont enfoncé des coins douloureux. La doléance est partout.

D'où vient le coup de grisou ? Au Point, on ne cesse d'écrire depuis belle lurette que l'échec avéré du « modèle social » français enfume la Nation. Son déclin écrase, étouffe la France « d'en bas ». Minée par un chômage lancinant, elle est la première à souffrir d'un système qui protège les « acquis » et ne libère pas le travail.

En sacrifiant à l'assistance plutôt qu'à la rigueur réformatrice qui triomphe chez nos voisins, le pouvoir a navigué dans la complaisance démagogique et vainement ménagé la chèvre et le chou. D'un côté, il engage des réformes timorées dans l'esprit, en effet, libéral de l'Europe communautaire, mais de l'autre il freine des quatre fers dès qu'une vache sacrée du service public rue dans les brancards.

Ainsi Chirac se trouve-t-il aujourd'hui bousculé pour une politique (libérale)... qu'il n'a pas conduite. C'est une des bizarreries de l'« exception française ». Mais il est vrai que Chirac est aussi le seul chef d'Etat européen à tancer le libéralisme. Et la France, le seul conservatoire en Europe d'une utopie lénino-trotskiste, inapte à gouverner, mais qui plastronne sur tous les plateaux de télévision, les soirs d'élection.

Toujours est-il que pour n'être allés vers la rive européenne et libérale que cramponnés au rafiot de l'Etat-providence, nous voici le bec dans l'eau au milieu du gué ! Ainsi avons-nous une fiscalité record... et un chômage record. Une dette publique mirobolante... et une déferlante de RMistes et d'assistés en tout genre.

Il y a pis : privée de vérité, la France « d'en bas », affolée par une horde de peurs, se réfugie dans une double illusion. A droite, celle du repli protecteur derrière une ligne Maginot protectionniste. A gauche, celle de la gauche radicale. L'une et l'autre fermentent dans un populisme de mauvais aloi. Haro sur les élites, haro sur le cosmopolitisme capitaliste ! On connaît la chanson...

Sur ces décombres, Jacques Chirac se démène, monarque désormais harcelé par un « tiers état » effervescent. De la confusion politique, deux figures émergent : celles de Nicolas Sarkozy et de Laurent Fabius.

Le premier attend son heure. Et c'est le flamboyant Dominique de Villepin qui devra donc, au milieu des récifs, mener la barque dans le crépuscule du quinquennat. Un homme sûr et loyal au président et qui ne bronche pas devant l'obstacle. Il y en aura !

A gauche, s'il s'agit de ramener à la raison, c'est-à-dire à la social-démocratie du PS, le front populaire du « non », qui donc peut s'y risquer ? Fabius se pointe ! Son cynisme de haute école lui fit agiter la rébellion du « non » avant de s'en servir. Ecoeurés, Hollande, Jospin, DSK, Lang ne songent qu'à lui couper les jarrets. Il tentera donc - maintenant que le vote l'a redoré - de ramener les foules de son « programme commun » dans l'union sucrée de la gauche. Il en a le culot. Et autant de conviction(s) qu'il faudra.

© le point 02/06/05 - N°1707 - Page 3 - 780 mots

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