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dimanche 20 nov 2005

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valeurs actuelles

Valeurs Actuelles n° 3597 paru le 4 Novembre 2005

France


Délire à gauche



Arnaud Montebourg l’a dit : « La rénovation, c’est d’abord une inflexion à gauche des orientations du parti. » Hollande ou Fabius auraient pu l’écrire. Dans la dernière ligne droite avant le vote des militants, le 9 novembre, puis le congrès des 18, 19 et 20, leurs trois motions (près de 150 pages ultra-serrées !) foncent en effet dans la même direction : à la gauche de la gauche. Difficile de les différencier autrement qu’à la marge. Outre les trois favorites, deux autres motions concourent : celle de Franck Pupunat, “Utopia”, prônant la “décroissance”, et celle du “blairiste” Jean-Marie Bockel (soutenu par Bernard Kouchner), “Pour un socialisme libéral : vérité et action”. Mais elles devraient, à elles deux, réunir bien moins de 10 % des voix. Les 90 % (ou plus) restants se répartissant donc entre la motion Hollande (briguant les 50 %), “Socialistes, pour réussir à gauche” (soutenue par DSK, Lang et Jospin) ; la motion Fabius (rêvant aux 20 %) “Rassembler à gauche” (soutenue par Mélenchon) ; et la motion Montebourg-Peillon-Emmanuelli (espérant plus de 15 %) “Pour une alternance socialiste”. Passage au crible.

Haro sur la droite !.
Pas une ligne, ou presque, qui ne canarde la droite. Pour Hollande, la droite est « injuste », « dangereuse », « cynique », « brutale », « dure avec les pauvres ». Elle « a massacré la priorité à l’éducation », « porté gravement atteinte à l’indépendance de la Justice », rendu « calamiteux » l’état de nos finances publiques, imposé le « tout carcéral ». En un mot, « semé le désespoir ».
Laurent Fabius est plus dur encore. « La droite, écrit-il, est en train de démolir systématiquement notre socle social et républicain. » Le triptyque de cette « droite des démolisseurs » à la « logique néocoloniale » ? « Morosité, précarité, inégalité. » « À la régression sociale s’ajoute la régression démocratique », ajoute-t-il. De part et d’autre, la même « purge libérale ». Cette droite, accuse-t-il, « organise l’insolvabilité de notre protection sociale pour mieux préparer (sa) privatisation ». De même prépare-t-elle… « l’ouverture de l’enseignement au marché » !
Mais des trois motions, la plus virulente est celle de Montebourg. La politique de la droite ? Une « politique de classe », de « casse » et de « régression » animée par un « projet destructeur ». « Cynique » et « mensongère », la droite n’a d‘autre objectif que « d’accroître encore et toujours les revenus des classes les plus aisées ». Et ce au détriment des « salariés qu’elle veut mettre au pas (…) tout en plaçant ses bénéfices au chaud ». « À la devise républicaine “Liberté, Égalité, Fraternité”, le projet de société de la droite veut substituer “Prison, Argent, Communauté” », ajoute-t-il. Un « cauchemar libéral » qui « nous ramène aux formes les plus primaires et les plus brutales de l’exclusion et de la discrimination ». Parole d’expert !

Vive les impôts !.
« Il ne doit y avoir aucun tabou particulier en ce qui concerne la nature et le niveau des prélèvements obligatoires. » Incontestablement, Montebourg est le plus honnête intellectuellement. « La logique de la baisse de l’impôt ne fait pas partie de notre logiciel », reconnaît-il encore.
D’où pléthore de nouveaux impôts : « taxe additionnelle à l’impôt sur le revenu » pour les collectivités locales, « impôt européen », « impôt universel », permettant à « tous les citoyens (de contribuer) à l’impôt même de façon symbolique ». Et si cela ne suffit pas, reste « l’emprunt, instrument majeur du développement et de la croissance ».
« Mesures ciblées de taxation », « taxation des plus-values immobilières des sociétés et celle des particuliers », « taxe d’inhabitation » : « Nous financerons les besoins nouveaux par une cotisation assise sur tous les revenus », prévient quant à lui Fabius. L’impôt comme seule réponse. L’écologie en péril ? Il propose une « taxation universelle pour le développement » ; l’Europe à vingt-cinq ? Il faut, dit-il, « l’équivalent d’un plan Marshall (…) afin de financer l’élargissement ». La « guerre contre la pauvreté » ? Elle « réclame de doubler l’aide publique au développement »…
Moins que Montebourg, mais au moins autant que Fabius, Hollande assume ses choix : « À l’idéologie du “toujours moins d’impôts et de charges”, dit-il, nous devons opposer la conception citoyenne des contributions publiques. » Contributions publiques qui sont « au cœur de notre identité ». Non seulement, donc, « les annonces de baisse d’impôts pour 2007 seront remises en cause », mais « de nouvelles ressources seront mobilisées à travers notamment une contribution de solidarité sur l’ensemble des revenus », écrit Hollande. De combien vont augmenter les impôts ? « Il ne peut exister de niveau théorique optimal pour les contributions publiques », prévient-il comme Montebourg.

Contre l’entreprise, pour le tout-État !.
Service minimum pour Hollande. Sur la question, celui-ci réclame cependant les « 35 heures pour tous », le rééquilibrage du « couple concurrence-service public en faveur de ce dernier », l’inscription du « service public parmi les objectifs mêmes de l’Union » et le maintien d’« EDF et GDF dans le giron public ».
Fabius, lui, le précise d’emblée. « Contre le moins d’État », il est pour « la puissance publique au service de l’intérêt général ». Principales visées : les entreprises. Contrat nouvelle embauche « abrogé ». « Plus d’exonération sans contreparties en termes d’embauche et de progression salariale. » Les entreprises devront payer un nouveau « congé de reclassement » ainsi qu’« une surcotisation à l’assurance chômage » (« pour les entreprises recourant aux CDD et à l’intérim »). Enfin, est créée une « cotisation sur la valeur ajoutée » pour financer la Sécu. Bref, « les profits (…) seront plus lourdement taxés ».
Pour Montebourg aussi, l’objectif est de « lutter (contre) les comportements antisociaux des entreprises ». Jusqu’à la délation : « à l’instar de la publication des listes noires des compagnies aériennes dangereuses, propose-t-il, la publicité sur les pratiques antisociales de tel ou tel fabricant (…) devrait être organisée ». Si cela ne suffit pas, « la puissance publique (sic !) pourra se doter d’une agence de lutte contre les excès de l’économie de marché chargée d’identifier les mauvaises pratiques ». En attendant, Montebourg veut interdire aux patrons… de licencier ! « En cas de licenciement collectif non fondé, écrit-il, la puissance publique pourra en suspendre l’exécution (et) rendre la procédure nulle ». Un carton rouge qui s’ajoute à une bonne demi-douzaine de jaunes : suppression du contrat nouvelle embauche ; « remise en cause des exonérations de cotisations sociales » ; introduction d’« une fiscalité plus lourde sur les dividendes versés » ; relèvement des « prélèvements sociaux à la charge de l’employeur » ; revalorisation « de 10 % (des) indemnités de fin de contrat » ; « modulation si ce n’est la suppression des abattements existants sur les dividendes payés par les entreprises » ; indexation du « taux de cotisation à l’assurance chômage des entreprises en fonction du nombre de CDD, d’intérim, de temps partiels »… Objectif de Montebourg : inciter « les employeurs socialement responsables à reconnaître la valeur collective de l’emploi stable ». Et « sanctionner les autres ».

Demain, on rase gratis !.
Hollande – reconnaissons-le – se montre plutôt prudent. Montebourg, lui, se “contente” de réclamer l’« augmentation des salaires directs », le maintien de « l’âge de la retraite à 60 ans », la « revalorisation du Smic », et l’ouverture d’une grande « négociation (avec) les fonctionnaires ». Autant dire pas grand-chose à côté du père Noël Fabius : « Smic à 1 500 euros avant la fin de la prochaine mandature » ; « revalorisation de l’ensemble des salaires » ; hausse des « petites retraites », des « allocations logement » et des « allocations de rentrée scolaire »… Mais aussi « amélioration de la couverture maladie (pour les) soins dentaires et ophtalmologiques », plan « Internet pour tous » et même… « semaine de vacances » payées pour « toutes les familles » (opération « Vacances-Famille ») ! Sans oublier le « logement pour chacun – actifs, étudiants, familles, personnes âgées », les « journées gratuites dans les principaux musées nationaux » ou encore les « conditions de travail décentes (garanties) aux saisonniers ». Plus les promesses de « moins d’élèves par classe », « davantage d’enseignants » et du développement des « enseignements artistiques à l’école »…
Deux mesures phare, aussi : l’instauration d’une « couverture énergie universelle », sur le modèle de la CMU, et la création d’une « Sécurité sociale professionnelle », prévoyant des « transitions protectrices pour chaque salarié entre (ses) périodes d’emploi ». Une seconde assurance chômage ! Comme s’il ne suffisait pas du trou de la première…

Le communautarisme à marche forcée« Pour la France, l’immigration (…) est à la fois une richesse sociale et.
culturelle et un besoin économique », s’enflamme Hollande, à l’unisson des autres. Favorable, lui aussi, au « droit de vote des résidents étrangers » et au « développement d’une grande politique de mémoire de l’immigration en France », le premier secrétaire du PS estime notamment qu’en matière d’immigration clandestine, « il faut rompre avec le seul aspect répressif : contrôler, enfermer et éloigner ». Parce que cela a « fragilisé la situation des étrangers en situation irrégulière ». « Le mariage sera ouvert aux couples du même sexe », s’engage par ailleurs Hollande, militant d’un « service civique obligatoire », d’un « le pacs amélioré », notamment en matière de « droits des Pacsés binationaux » et d’un « droit à l’adoption (qui devra) s’adapter à l’homoparentalité ».
Pour Fabius, « l’Islam mérite une attention spécifique. Les municipalités et les intercommunalités ne doivent pas craindre d’autoriser la construction de mosquées et de salles de prières. Sans remettre en cause la loi de 1905, il est possible de favoriser la construction de ces édifices en ayant recours à des associations cultuelles ». L’ex-numéro deux du PS va jusqu’à réclamer le renforcement des « droits des immigrés légaux en accélérant l’attribution de la carte de résident (…) pour obtenir la nationalité française ». Mais aussi la protection d’« un corps d’inspecteurs spécialisés dans la lutte contre toutes les discriminations » ! Et d’ajouter : « Attention ! la lutte contre le terrorisme ne doit pas devenir un alibi pour remettre en cause les libertés publiques et les droits fondamentaux. »
Libertés et droits dont devront être exclues, selon Montebourg, « les municipalités qui érigent des stèles honorifiques en souvenir de la colonisation ». Celles-ci devront être « sanctionnées », dit-il. Mais pour les délinquants, en revanche, « la prévention doit redevenir une priorité ». « L’immigration de demain », ne sera pas seulement « économique », écrit Montebourg : elle sera surtout « amicale, sentimentale, familiale ». De quoi mériter « un renforcement important des moyens consacrés par l’État à l’acquisition de la nationalité ». De même pour la lutte « contre l’homophobie » qui devra « être enseignée dès l’école primaire » ou pour « la lutte contre les discriminations » qui devra être « inscrite dans les programmes dès le début de la scolarité ».
Arnaud Folch

Claudius

Voilà deux avis objectifs. :o)

A l'UMP on discute, au PS on se déchire.
Les termes sont interchangeables et on doit bien sourire dans les autres partis.

"Le laxisme distillé par la gauche depuis mai 68 et officialisé en 81 ..."
Tiens, je lisais de tels morceaux de bravoure dans l'Humanité dans le temps. La dialectique constructive a encore du chemin à faire.

Je compte beaucoup sur les jeunes élus de droite et de gauche pour arrêter ces arguments et ces invectives; j'espère qu'au fil des futures élections le personnel politique se renouvelle et laisse tomber ces querelles de cours de récréation et devienne enfin adulte.

Jean-Marie Albouy

Cher Claudius, je suis assez de votre avis.
Quand j'ai entendu hier sur la 5 les différents socialistes présents (Guigou, weber et un autre), et qu'ils se réjouissaient sur ce congrès du Mans en disant qu'ils s'étaient mis d'accord sur un point de la plus grande importance, celui de battre la droite, je pense qu'ils ont encore beaucoup de chemin à faire pour faire leur auto-critique et proposer des perspectives aux électeurs, d'autant qu'ils sont, sur le fond, d'accord sur rien !
Par ailleurs, il est trop facile de se faire une virginité une fois les élections perdues...
Que font les socialistes au conseil régional pour améliorer le quotidien des franciliens ?????

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